Golftechnic : Après 18 ans de circuit, prenez-vous toujours autant de plaisir à jouer ?
Christian Cévaër : Oui, car le challenge est perpétuel. La performance n’est jamais acquise d’avance et le travail pour la trouver est passionnant. Aussi parce que c’est un formidable JEU !
GT : Si le golf n’existait pas, qu’auriez-vous fait dans la vie ?
Christian Cévaër : Peut-être serais-je devenu pro de tennis car j’ai quitté ce sport pour me consacrer au golf. Que sais-je, mon problème pour répondre à cette question est que j’ai décidé, commencé à rêver, à devenir pro de golf à 13 ans ! Ceci dit, je trouve que cela a été un formidable avantage, une bonne ligne directrice pour ma croissance, ma jeunesse.
GT : On dit que le golf, c'est 80% mental, et que le reste est dans la tête. Sur quel axe travaillez-vous avec votre coach mental, notamment au putting ?
Christian Cévaër : J’ai eu l’aide de coachs mentaux à travers ma carrière mais plus depuis un moment déjà car, grâce à leur contribution au fur et à mesure, je me connais très bien, mes tendances, etc.
Et puis on n’est pas le même à 40 ans, à 30 ans ou à 20 ans, donc là, aussi il faut toujours être à l’écoute de soi-même et de son corps. Par exemple, une de mes mauvaises tendances au putting est de trop vouloir faire le stroke parfait, l’esprit devient alors trop axé sur le geste/la balle et non plus assez sur la ligne, le trou/l’objectif. Je veille donc à plus/mieux visualiser la ligne de putt.
GT : Comment expliquez-vous vos excellentes performances au putting ? Beaucoup de talent, ou beaucoup de travail ?
Christian Cévaër : Je pense que je bénéficie d’une très bonne capacité à lire/ressentir les greens et ça, c’est au moins 50% du succès acquis.
Les golfeurs ont tendance à oublier l’importance de cette première partie du putting et à la « bafouer » en quelque sorte !
Donc un talent mais bonifié par beaucoup de pratique !
Ensuite, je n’ai certainement pas un meilleur stroke que quiconque autre bon joueur. Il a d’ailleurs beaucoup de singularité avec un « press forward » et une légère boucle mais je fais très bien rouler la balle et j’ai un excellent dosage.
Et pour terminer, je pense bien savoir m’entraîner (donc bon travail) : accent sur les putts courts (1m et moins), ensuite sur le dosage, toutes les distances et pentes, bien ressentir la vitesse des greens et en dernier seulement les putts « à birdies » de 2 à 4 m qu’il faut rentrer de temps à autre à notre niveau.
GT : De quelle manière abordez-vous une nouvelle compétition? Avez-vous une "routine" de préparation particulière?
Christian Cévaër : Avec une bonne partie de reconnaissance durant laquelle mon caddy et moi mettons une stratégie en place, si possible avec les copains français du Tour, un match amical pour déjà rentrer en « compétition ». Ca apporte un ton de concentration en plus ! Bien faire ses gammes dans tous les compartiments du jeu mais travailler en particulier les coups propres à ce parcours, s’habituer au type de rough autour des greens et bien prendre la vitesse des greens ainsi que leur fermeté. Aussi des routines d’exercices d’échauffement, de cardio, et de récupération dans le physio bus du Tour ou dans le gym de l’hôtel. Et parfois, au besoin, une « sophro-visualisation » de mon bon jeu sur ce parcours.
GT : Pensez-vous que la couverture médiatique du golf en France soit au niveau de la performance des joueurs ?
Christian Cévaër : Non. Nous avons un gouffre à rattraper comparé aux cultures « golfiques » anglo-saxonnes. C’est normal. Alors, oui, nous n’avons pas encore de joueur dans le top 50 mondial ou de vainqueur en Majeur ce qui justifierait plus d’attention de la part de nos médias sportifs, mais notre métier, notre système est incomparable à d’autres sports professionnels.
Ma génération, Jean Van de Velde le premier, a eu le mérite de « débrider » le golf français et de définitivement ranger au placard tout complexe d’infériorité aux anglo-saxons avec de nombreuses victoires sur le circuit européen. La voie est libre aux plus jeunes pour aller plus haut.
La reconnaissance de notre propre pays est important pour notre confiance. Elle doit exister pour nous pousser encore plus loin, plus haut. Nul doute que l’obtention de la Ryder Cup contribuera beaucoup à plus d’attention des médias pour notre sport et nos champions, tout comme l’effervescence du golf Français en ce moment, Champions du Monde (bronze pour nos dames) et d’Europe Amateur, déjà 5 victoires sur le Challenge Tour et 2 sur le European Tour dont Thomas au National ! Et tout ça avec nos nombreux espoirs néo-pros sur la pente ascendante.
Mais j’ai quand même bien noté depuis une dizaine d’année une amélioration de celle-ci. Aussi, la FFgolf a œuvré dans ce sens. Et merci à tous nos journalistes-golfeurs passionnés comme vous, de déjà bien relayer nos performances, mais aussi de continuer à amener d’autres de leur collègues à découvrir notre merveilleux sport, si possible en pratique !
GT : Lorsque vous étiez à l'université, vous avez côtoyé un certain Tiger Woods. Pensiez-vous à l'époque qu'il atteindrait de tels sommets ?
Christian Cévaër : Tiger a intégré Stanford 2 ans après moi. Je l’ai connu dans le processus de « recrutement » durant ses visites sur le Campus mais aussi en parties d’entraînement sur le Tour à ses tout débuts.
Mais figurez-vous que la toute première fois fut en France !! En effet, il n’avait que 14 ans et était venu avec l’équipe de Californie du Sud pour jouer un match contre la ligue de Paris dont je faisais parti à l’époque représentant St Cloud.
J’imagine qu’ils ont dû faire d’autres matchs durant leur périple franco-européen !
Son père était du voyage et avait souhaité qu’on dîne ensemble pour parler de Stanford et ce qui attendait Tiger.
Bon étudiant, son choix était déjà fait, 4 ans à l’avance !
Sachant déjà que c’était un crack, je dois avouer que je ne m’imaginais pas qu'il dominerait autant le golf mondial.
GT : Pensez-vous que l’ère du Tigre est terminée ?
Christian Cévaër : Je pense que l’ère du Tigre dominateur du golf mondial est terminé mais pas l’ère du Tigre.
Cela prendra le temps qu’il faudra mais je pense qu’il réussira à mettre de l’ordre dans sa vie, se recréer un équilibre autour de lui et retrouver la haute performance,
le chemin de la victoire et même en majeur !
GT : On vous offre un mulligan et la possibilité de rejouer un coup dans votre carrière, lequel choisiriez-vous ?
Christian Cévaër : Mon dernier putt pour birdie au Omega European Masters 2008 à Crans-Montana auquel il a manqué un demi centimètre pour partir en play-off contre Rory McIrloy et Jean-François Lucquin (qui le gagna).
GT : Vous avez la possibilité de changer une règle de golf, laquelle serait-elle ?
Christian Cévaër : Celle qui pénalise un joueur dont la balle a bougé après l’avoir adressé. Par contre s’il n’avait pas posé son putter ou club par terre (donc techniquement pas adressé la balle), pas de pénalité !! Je comprend le but ultime de la règle mais je déteste le côté parfois injuste des règles envers le golfeur sans aucune mauvaise intention, c’est à dire tous les golfeurs, n’est ce pas ?!!!
GT : Quel parcours auriez-vous été fier d’avoir dessiné ?
Christian Cévaër : Celui de Cypress Point à Pebble Beach, sur la péninsule de Monterey en Californie. Un joyau sur/dans un cadre naturel magnifique. Un parfait mariage entre parcours et environnement naturel (forêt, écureuils & biches, dunes, océan et phoques !). Le trou signature est le fameux n°16, un par 3 de plus de 200m au dessus de l’Océan Pacifique. Mais rassurez vous, vous pouvez le jouer en par 4 sur la terre ferme et son fairway !!
GT : Quel parcours est pour vous le plus éprouvant (émotionnellement, tactiquement) ?
Christian Cévaër : Valderamma en Andalousie. Il est étroit et les endroits plats sont rares. Cela combiné avec des fairways et greens roulants…c’est beau mais fatiguant !
Il n’y a pas de répit.
GT : Votre fils décide de devenir joueur professionnel. Quel conseil lui donneriez-vous ? Christian Cévaër : De ne jamais oublier qu’il s’agit là d’un JEU !! Et que de donner le meilleur de soi-même doit suffire à son bonheur.
Si vous deviez choisir un joueur de golf ...
GT : Pour partager une partie avec un joueur, vivant ou mort ?
Christian Cévaër : Mon idole Tom Watson, un maître et particulièrement des links, du British Open. Un vrai Gentleman champion. Aussi parce qu’il a fait Stanford comme moi !!
GT : Pour vous caddeyer le dernier tour d’un majeur alors que vous êtes en tête ?
Christian Cévaër : Le même que les 3 premiers tours ! Pardon, non, plus sérieusement, mon caddie actuel, Yann Vandaele. C’est que notre première année ensemble mais il me connaît déjà bien et j’ai confiance en lui. Sinon, peut-être un jour sur le Champions Tour, mon fils !
GT : Comme équipier de Foursome en Ryder Cup ?
Christian Cévaër : Thomas Levet. J’ai eu plaisir à jouer la dernière coupe du monde avec lui. Un super esprit !
GT : Pour partager le 19ème trou au Club-House ?
Christian Cévaër : Ma femme Fabienne !! Et, oui, j’ai le droit, elle joue aussi au golf !
GT : Pour détendre l'atmosphère d'une soirée un peu coincée ?
Christian Cévaër : Jeff Lucquin !
GT : Pour être au courant des dernières anecdotes croustillantes du Tour ? Christian Cévaër : Désolé, c’est les caddies qui savent tout très vite. Des vrais « pipelettes » !
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Merci Christian d'avoir pris du temps entre deux tournois du circuit européen pour répondre à nos questions !
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Interview réalisée en juillet 2011
Circuit : Race to Dubai (circuit européen)
Position (01/08/2011) :
145ème
Professionnel depuis 1993
Victoires :
Open d'Espagne [Canarias Open de Espana] en 2004
Open Européen [The European Open] en 2009