À Melbourne, certains des plus grands tournois ne se disputent pas sur un parcours ordinaire. Le Royal Melbourne Golf Club possède deux 18 trous prestigieux, mais assemble les meilleurs trous de chacun pour ses grandes compétitions. Ce tracé « Composite », né en 1959, raconte à lui seul l’histoire d’une architecture australienne devenue une référence mondiale.

Deux architectes, deux parcours

Fondé en 1891, le Royal Melbourne s’installe sur son site actuel de Black Rock au XXe siècle. En 1926, le club fait venir l’Écossais Alister MacKenzie, futur coarchitecte d’Augusta National. Son projet donne naissance au West Course, ouvert en 1931.

MacKenzie ne supervise pas seul la réalisation. Alex Russell, membre du club et vainqueur de l’Open d’Australie 1924, dirige les travaux avec le greenkeeper Mick Morcom. Russell signe également l’East Course, ouvert en 1932.

Les deux parcours partagent un même terrain de jeu : le « Sandbelt », cette ceinture de sols sablonneux au sud-est de Melbourne. Ici, les larges fairways n’effacent pas la difficulté. Les bunkers découpent les lignes de jeu et les greens fermes mettent à l’épreuve les choix des joueurs.

Le jour où 36 trous sont devenus 18

En 1959, le Royal Melbourne accueille la Canada Cup, ancêtre de la Coupe du monde de golf. Pour éviter aux joueurs et au public de traverser les routes séparant certaines parties du domaine, le club compose un parcours inédit : douze trous du West et six de l’East.

Le « Composite Course » est né. L’idée n’est pas simplement de raccourcir un championnat : elle permet de réunir les trous les plus adaptés à l’accueil d’un grand événement.

La formule traverse les décennies. Le Composite conserve notamment les vastes bunkers aux contours irréguliers et les greens très rapides qui font la réputation du club.

Sur son trou n°14, un par 5 de 461 mètres, le départ franchit une dune et oblige à composer avec des bunkers placés sur la ligne directe.

Le théâtre d’une victoire historique

En 1998, Royal Melbourne accueille la première Presidents Cup organisée hors des États-Unis. Emmenée par Peter Thomson, l’équipe internationale domine les Américains de Jack Nicklaus 20,5 à 11,5. Cette édition reste la seule victoire internationale dans l’histoire de la compétition.

Le club retrouve la Presidents Cup en 2011 puis en 2019. Lors de cette dernière édition, les États-Unis de Tiger Woods renversent la situation lors des simples du dimanche.

En décembre 2025, le Royal Melbourne reçoit de nouveau l’Open d’Australie. Le Danois Rasmus Neergaard-Petersen y décroche son premier titre sur le DP World Tour, à -15, avec un coup d’avance sur Cameron Smith.

Un héritage qui dépasse Melbourne

La Presidents Cup reviendra dans la ville en 2028, mais cette fois à Kingston Heath, autre grand parcours du Sandbelt. Une distinction importante : Royal Melbourne a accueilli les trois précédentes éditions australiennes, pas la prochaine.

Pour les amateurs de parcours de légende, l’intérêt du Royal Melbourne tient finalement à ce paradoxe : ses deux parcours ont leur identité, mais c’est leur assemblage qui a écrit une partie de l’histoire du golf mondial.